Zoom sur le cueilleurNom et prénom : Polus Sylvestre
Profession : chef et gérant de l’hôtel-restaurant La Chartreuse
Lieu : Le Reposoir
La petite histoire : Lorsque Sylvestre Polus et Alix Martinez ont repris, en 2023, le restaurant La Chartreuse, en bordure de route pour accéder au col de la Colombière, depuis Cluses, le couple détenait une première expérience étoilée auprès de Yoann Conte. L’année suivante, leur restaurant a reçu son premier bib gourmand.
Sa rencontre avec les plantes : Originaire de la Sarthe, Sylvestre Polus a découvert tout d’abord les plantes en famille lors des balades dans les bois. Il a ensuite pratiqué la cueillette avec le chef étoilé Yoan Conte.

Bien que la reine-des-prés soit une plante commune dans toute la France, Sylvestre Polus, originaire des Pays de Loire, associe la découverte de cet emblème des prairies à son arrivée en Haute-Savoie. Les échanges avec les personnes pratiquant la cueillette sauvage et ses balades l’ont amené à s’intéresser au goût d’amande amère offert par cette plante vivace. Le chef du restaurant La Chartreuse a choisi de l’associer à la cerise, un fruit se dégustant frais de mi-mai à mi-juillet, chevauchant la période de floraison de la reine-des-prés de juin à août. « On n’a pas besoin d’en prendre beaucoup, le parfum de la reine-des-prés est ultra puissant » décrit Sylvestre Polus. Ce mariage répond ainsi à l’une des valeurs du chef en cuisine, cuisiner avec des produits de saison.

Présente partout en Europe, la reine-des-prés affectionne les prairies et forêts humides, les bords des cours d’eau, les marais, les sources et les bords des fossés jusqu’à 1 700 m d’altitude. De nombreuses stations sont visibles sur le territoire d’ATMB. Le nom latin de la reine-des-prés est Filipendula ulmaria. Elle appartient à la famille botanique des rosacées. Son nom désuet est spirée ulmaire (Spirea Ulmaria). Si cette appellation est sortie des habitudes, elle rappelle un autre nom présent dans chaque trousse à pharmacie, l’aspirine. En effet, le nom du remède contre la douleur et la fièvre tire en partie son appellation de la spirée ulmaria. L’acide salicylique renfermé dans la reine-des-prés, découvert dans la première moitié du XIXe siècle, a permis de mettre au point l’aspirine.

Les tiges raides, souvent rougeâtres et anguleuses, de la reine-des-prés se dressent sur une hauteur comprise entre 60 cm et 1 m 20, créant de belles stations, visibles de loin. Le long de cette tige poussent des feuilles composées, portant alternativement des grandes paires opposées de folioles ovales et dentées ainsi que des paires plus petites. La foliole terminale se divise en trois lobes. La face supérieure de la foliole est vert foncée tandis que l’inférieure est plus argentée et velue. Au sommet du port de la tige, de délicates fleurs au ton blanc-crème sont réunies. Ces fleurs, petites, agréablement parfumées et nombreuses, ont cinq pétales et beaucoup d’étamines. Elles donnent à maturité des graines roulées en spirale reliant son fruit à l’autre nom de la plante herbacée, la spirée ulmaire.
La reine-des-prés tire sa réputation de l’usage de ses fleurs. Ces dernières se cueillent lorsque des boutons floraux sont encore présents sur certaines ramifications. « Les boutons sont bien plus concentrés » témoigne Sylvestre Polus. Les sommités florales sont à récolter par une belle matinée ensoleillée, après l’évaporation de la rosée. La récolte, à ce moment précis, permet d’obtenir le maximum d’arômes. Les fleurs sont habituellement séchées à l’ombre. Une claie de séchage ou à défaut une cagette recouverte d’un torchon permet d’étaler la récolte de manière assez espacée pour faire circuler l’air. Une fois sèche, la récolte peut être stockée dans des boîtes en fer ou des sachets en papier sans être émiettée. Elle est à consommer dans l’année. Les feuilles, également séchées à l’ombre, peuvent aussi être consommées, souvent récoltées avant la floraison.


Les propriétés thérapeutiques de la reine-des-prés ne se comptent plus. Elle est notamment réputée comme anti-inflammatoire, diurétique, fébrifuge, amaigrissante pouvant agir sur les états fébriles, les rhumatismes articulaires.
De retour en cuisine, Sylvestre Polus prépare un dessert où la reine-des-prés est associée, par infusion, à un petit fruit charnu, la cerise.
Une cuillère de glace au fromage blanc et au miel repose sur une base de cerises dénoyautées, cuites avec un peu de reines-des-prés, avant d’être réduites en compote. Des cerises confites à la reine-des-prés et des cerises crues, « pour la texture » décrit Sylvestre Polus, s’ajoutent à l’assiette de dessert. Pour rappeler la saveur amande du noyau de la cerise et de la reine-des-prés, un financier cuit avec de l’huile d’olive s’invite dans l’assiette. Une réduction de jus de cerise et de Porto vient arroser ce dessert avant de terminer le dressage de l’assiette avec quelques fleurs de reine-des-prés et un zeste de citron vert, « pour le twist » conclut Sylvestre Polus. De l’acide dans du doux, du croquant dans du gourmand, des plantes sauvages dans les assiettes d’un restaurant, le chef Sylvestre Polus aime apporter des petites notes qui éveillent le palais.

Au quotidien, Sylvestre Polus conseille d’utiliser les sommités fleuries de la reine-des-prés en infusion. Pour un litre d’eau frémissante à 90 °C, 50 grammes sont nécessaires. Les fleurs peuvent aussi être utilisées pour parfumer les confitures.
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